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Voici un texte qui illustre bien une peinture réalisée  en 2003.

Faire de nos fragilités nos forces:

Dans une communauté de vie, où l’on est proche les uns des autres, on ne peut jouer un rôle et donner constamment le change aux autres. Et parce qu’on attend beaucoup des autres, on a du mal à supporter leurs faiblesses. Les affrontements sont quotidiens et les déceptions douloureusement ressenties. Ce qui nous oblige souvent à essayer de cacher nos fragilités et nos faiblesses, et à adopter des comportements contraires en affichant assurance et fermeté.
Il est parfois difficile de vivre avec ses faiblesses, cependant, les connaitre et les accepter est un atout pour les transformer en force. Notre vulnérabilité, loin d’être une simple et irrémédiable faiblesse, devient le moteur de toute expression, de toute émotion et, souvent, de toute beauté. Il est important d’assumer ses vulnérabilités et les utiliser pour le développement de soi.
La société nous pousse à être en permanence fort, beau, jeune, actif, autonome, en bonne santé, réussir tant au niveau professionnel que social et familial. Nous sommes pourtant conscients que c’est impossible d’être aussi performant! Toute sa vie, l’homme du XXIème siècle court après l’autonomie, la force pour fuir ou refuser sa vulnérabilité inhérente à son statut d’être humain.
Ainsi leurré, l’être humain cherche par tous les moyens cette soi-disant force intérieure qui le conduit à se croire tout puissant. Chimère de l’immortalité… Attention au piège de l’autosuffisance : l’humain se veut libre de tout, autonome, alors qu’il devient par là même prisonnier de son aveuglement, de sa fausse toute puissance. Cet être humain qui naît nu, totalement dépendant de son environnement, ne pouvant pas survivre plus de quelques instants sans l’oxygène fourni par le monde végétal qui l’entoure,.
Il est fréquent d’associer la force à l’homme et la fragilité à la femme, et on en comprend mieux le pourquoi si on s’en réfère à l’étymologie. L’homme fort, vigoureux et la femme fragile mais aussi féconde, nourricière, Mère Nature favorisée par les Dieux. Et pourtant quelle force, force de vie anime une femme qui donne naissance. Mais pas n’importe quelle force! C’est sûrement un des moments de vie où se mêle dans l’invisible, indissociable, la force et la fragilité… Une force fragile presque palpable. Avec cette double naissance: la venue au monde d’un bébé, d’un individu, indivisible et fragile, totalement dépendant, presque en survie, en devenir, mortel… Et d’une mère qui a fait l’expérience simultanément de cette force de vie qui l’a traversée quand la vie sort comme poussée par la puissance des eaux et de cette fragilité où plus rien n’est maîtrisé, contrôlé. Mourir au statut de fille pour naître à la vie de femme. Expérience d’abandon, expérience d’Amour «viscéral », inconditionnelle qui la conduit à naître à sa nature de Mère.
Force et fragilité sont un bel exemple de concepts opposés, qui s’entrecroisent et finissent par s’embrouiller. Au premier regard, la force évoque l’énergie et le muscle, la résistance et la dépense physique. On imagine un bûcheron, un forgeron, un boxeur ou un lutteur. De physique, la force devient mentale : d’ordinaire, le policier n’a pas besoin d’user de violence, seul un regard ou un geste lui suffisent pour se faire obéir, car ceux à qui ils s’adressent savent qu’il est investi d’un pouvoir par la puissance publique. En fait, la force est présente dans tout pouvoir : des parents aux enfants, des instituteurs et professeurs aux élèves, des chefs de service aux employés, des élus aux administrés… Et elle fonctionne d’autant mieux que, la plupart du temps, elle est acceptée sans discussion.
Il faut toutefois ajouter que la force est aussi la résistance. Nous l’avons dit en commençant : la fragilité semble le contraire de la force, puisqu’elle suggère la vulnérabilité.
Il faut oser être fragile                                                                                                                                                                        Et si on arrêtait de vouloir à tout prix être fort, puissant, parfait ? Se savoir faible, triste ou vulnérable, ne pas le cacher et l’assumer dope paradoxalement notre assurance.
Chacun peut faire de sa fragilité une force, en apprenant à la connaître, en soignant ses blessures, en n’ayant plus peur d’elle, et au contraire en apprenant à l’aimer.
La reconnaître, afin d’y puiser les ressources et les atouts pour sa vie. C’est aussi accepter la souffrance, quand elle est là. Elle est une force, elle implique le rebondissement, le «revivre».
Ainsi, la fragilité conduit la force de vie. Elle ouvre la voie, par les questionnements qui l’accompagnent, au monde du désir, elle permet de prendre la direction de sa vie; elle ouvre les processus de changement.
Et si nous osions être fragile? et si nous n’en avions plus peur? et si nous n’en avions plus honte? et si nous considérions avec bonheur notre part sensible?
Faire de la fragilité une force, c’est accepter de changer de regard.
Carole L’Arche r                                                                                                                                                       www.mordredanslavie.com

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